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Sur cette photo, Sonia Butoyi (à gauche) avec sa mère biologique, Madeleine Butoyi en 2004, lors de leur rencontre de septembre 2004. Peu après, celle qui prétend être la mère de Sonia
Rolland reniera sa fille naturelle.
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Depuis 2001, Madeleine Butoyi affirme être la mère de Sonia Rolland, qu’elle aurait eue avec Patrice Faye. Malheureusement, tous les documents administratifs réfutent cette thèse. Mieux:
elle aurait renié sa vraie fille, Sonia Butoyi, cédée pour adoption en 1987. Un feuilleton de mauvais goût qui n’en finit pas.
Pareils à la sueur sous l’impitoyable soleil qui presse Bujumbura, les cris de Madeleine Butoyi remplissent de colonnes entières d’un journal de la capitale burundaise. Une histoire propre à
émouvoir les âmes les plus dures, racontée, qui plus est, par la victime, Madeleine Butoyi: alors qu’elle est âgée de 16 ans, celle-ci tombe enceinte d’un Européen, Patrice Faye. Craignant la
colère de ses parents, Madeleine affirme qu’elle déménagera vers Kamenge, avant de donner naissance à une fille qu’elle appellera Sonia Uwitonze, née le 3 avril 1981 selon la jeune maman.
Elle est sans moyens pour élever ce nouveau-né de ‘couleur métisse. Toujours selon Madeleine Butoyi, Patrice Faye lui propose peu après de récupérer leur enfant pour qu’il l’envoie en France. La
mère du Français se chargerait de l’éducation de la petite Sonia. A une année deux mois après sa naissance, Madeleine affirme qu’elle se résignera à céder sa petite fille à Patrice Faye. L’enfant
aurait été confiée par après à un couple complice de Français habitant le quartier Kinindo, les Rolland.
Première contradiction dans l’affaire
Or, selon l’acte de notariat n°4.298 établi par Me Helmenegilde Sindihebura le 19 mars 1987 à Bujumbura, une certaine Madeleine Butoyi exprime la volonté d’abandonner son enfant Sonia Butoyi [et
non Sonia Uwitonze] née le 3 avril 1986, de père inconnu. Le même document établit que Marie-Dominique Dehaynin, née à Alienne-Les-Marais (France) et représentée par Jacqueline Liais, résidant à
Bujumbura, désire adopter « la petite Sonia Butoyi ». L’adoption sera entérinée par le tribunal de Grande Instance de Lille en audience publique du 23 juin 1988, où Sonia Butoyi portera désormais
le nom de Clémentine Louison Céleste Sonia.
En clair, Madeleine Butoyi aura eu plus d’une année de réflexion et de préparation psychologique pour consentir à abandonner sa fille. Il n’aura jamais été question de kidnapping, dans aucun des
documents obtenus par Iwacu, ni d’une quelconque Sonia Uwitonze, fille de Madeleine Butoyi. Dans une correspondance privée, la mère adoptive de Clémentine précise d’ailleurs que celle-ci « a fait
l’objet d’une adoption plénière en bonne forme, comme le permet l’article de loi 348-3 du Code Civil Français.
Retrouvailles houleuses
Les Rolland retournent donc en France au début de la crise, en 1994, avec ‘leur fille’. Selon Madeleine Butoyi, le couple n’a pas hésité à changer l’identité du nourrisson qui leur avait été confié
par Patrice Faye : Sonia Uwitonze était devenue Sonia Rolland. De 1982 à 2000, Madeleine Butoyi se mure dans un silence qui laisse perplexe. Puis l’affaire resurgit en 2001 : Madeleine Butoyi lit
un article dans le magazine Amina, qui reprend dans sa rubrique Pily Pily les propos de l’ex-miss France 2000, Sonia Rolland. Celle-ci raconte avoir vécu au Burundi. Madeleine Butoyi affirmera plus
tard aux juges qu’elle a entendu peu après une interview à la radio dans laquelle Sonia Rolland affirmait être la fille de Patrice Faye et que sa mère était morte. Cette fille de pasteur en fait
dès lors sa lutte, s’acharnant à réclamer qu’on lui rende sa fille, Sonia Uwitonze. En 2003, Madeleine Butoyi intente un procès contre Patric Faye, l’accusant d’avoir kidnappé sa fille. Elle
l’emporte sur la forme, mais ne parvient pas à établir qu’elle est la mère de cette Sonia Uwitonze qui serait devenue Sonia Rolland.
Qui est Sonia Rolland ?
Pour traiter ce dossier délicat qui aurait déjà foulé les couloirs de la Présidence, dans lequel bruissent intimidations et accusations contradictoires, seule sauve la foi dans les documents
administratifs. D’autant plus qu’il a été impossible à la Rédaction d’Iwacu de joindre directement Madeleine Butoyi. Menacée, affirme-t-elle, elle vit dans la semi-clandestinité pour échapper aux
pressions exercées par son ancien amant, Patrice Faye lit-on toujours.
Selon les investigations d’Iwacu, l’extrait d’acte de naissance n°4 de Kigali dressé par l’ambassadeur de France au Rwanda, M. Jacques Leclerc, mentionne bel et bien la naissance de Sonia Uwitonze
Rolland, née le 11 février 1981, de père Jacques Pierre Rolland, Français, et de mère Landrada Twaciramariya, Rwandaise. Logiquement donc, la Sonia Butoyi ne peut pas être la Sonia Uwitonze
Rolland, née à Kigali. D’ailleurs, l’âge même de Madeleine Butoyi est sujet à caution. Selon l’acte de notariat susmentionné, établi par Me Helmenegilde Sindihebura, Madeleine Butoyi est née en
1968, à Buganda. Si celle-ci est la mère de Sonia Uwitonze Rolland, née le 3 avril 1981 (comme l’affirme Madeleine Butoyi dans un journal), elle aurait alors rencontré Patrice Faye en 1980, en
supposant qu’une grossesse dure 9 mois. A ce moment-là, elle était âgée de 12 ans ! Et non de 16 ans comme elle l’affirme aujourd’hui…
Reniement ou revirement ?
Coup de théâtre: fin août 2004, une nommée Clémentine d’origine burundaise et accompagnée par sa mère adoptive, Dominique Dehaynin, rencontre Madeleine Butoyi au Centre Culturel Français de
Bujumbura. Johanna, la fille de Patrice Faye et amie à Clémentine a facilité la rencontre. Pour Dominique Dehaynin, qui décrit ce rendez-vous des retrouvailles, le moment est intense : une mère va
rencontrer sa fille après 17 ans de séparation. «As-tu abandonnée ta fille pour qu’elle soit adoptée ?», se rassure auparavant Dominique, face à Madeleine Butoyi. Réponse de l’interpellée : «
Oui.» Deux jours après cette émouvante rencontre au CCF, Dominique et sa fille adoptive sont foudroyées d’entendre à la radio que « celle que Clémentine considérait comme sa mère biologique
affirmait que Patrice Faye, avec la complicité avec d'une Européenne, lui avait présenté une métisse dans laquelle elle ne reconnaissait pas sa fille». Ce reniement public affecte profondément
Clémentine, qui a l’impression que sa mère naturelle vient de l’abandonner une deuxième fois. A l’aéroport, alors que la jeune française s’apprête à quitter le Burundi avec sa mère adoptive,
Madeleine Butoyi venu lui dire au revoir s’exclame : «Tu es l’enfant que j’ai eu avec Patrice Faye.» Reconnaissant explicitement que Sonia Uwitonze Rolland n’était pas sa fille, mais bel et bien
Sonia Butoyi devenue Clémentine Sonia.
Iwacu est parvenu à avoir le témoignage de Landrada Rolland, la mère de la Miss France 2000. «Voilà une année ou deux qu'une femme dont j'ignore le nom s'est permise de m'appeler ici en France
pour me dire que je lui ai volé un enfant qu'elle aurait eu avec Patrice Faye et qui se trouve être Miss France Sonia Rolland. Evidement, j'ai mis cela sur le compte du fantasme et je l'ai
poliment éconduite », se rappelle Landrada Rolland. Quelques jours après, poursuit-elle, c'est au tour du pseudo avocat de la dame, avec un accent congolais bien trempé, qui somme la mère de
Sonia Rolland de lui donner des explications sur son attitude de voleuse d'enfant. Landrada lui demande simplement de prouver que Sonia Rolland n'est pas sa fille. Les appels cessent.
Alors qu’elle était à Kigali en janvier 2010, Landrada entend sur les ondes de la Voix de l’Amérique, dans sa revue de presse africaine, qu'un journal burundais aurait écrit que Sonia Rolland
n’est pas sa fille : «C’était tellement stupide, d'autant plus que je me trouvais à Kigali avec le Dr André Declerc mon gynécologue qui m'a aidé à accoucher de Sonia Rolland Uwitonze un
certain 11/02/1981 à la Clinique de Kigali à 18h55. Nous avons bien sûr rigolé, ignorant que cela se prenait au sérieux au Burundi. » D’ailleurs le père de Sonia Roland Uwitonze, l’actrice qui
joue dans un feuilleton français sous le nom de Léa Parker ne vient-il pas de s'installer à Bujumbura depuis un an et demi. «Pourquoi personne n'a pensé à lui poser la question sur sa paternité?
», se demande Landrada Rolland. Avant d’ajouter : «Lorsqu'ils [Madeleine Butoyi et ses avocats] ne seront pas satisfaits des certificats de naissances, de notre livret et album de famille
(puisqu’ils prétendent que je ne possède même pas une photo de ma fille à un an, alors que plusieurs photos ont pourtant paru dans de nombreux journaux en France et aux diverses émissions de
télévisions) il ne restera plus que le moyen le plus fort, le test ADN : j'invite alors Mme Butoyi Madeleine à se soumettre au test ADN avec Sonia Rolland Uwitonze.» Dans cette affaire, comme le
rappelle Dominique Dehaynin, «dire que tous ces documents sont faux, c’est accuser de corruption un notaire, l’administration burundaise et française, l’ambassade de France au Burundi», et celui
du Rwanda. Un procès indéfendable! En attendant, le ton monte en France: «Si cette mascarade ne s'arrête pas, Sonia Rolland, personnalité publique qui doit défendre son image, demandera à ses
avocats de s'occuper de cette dame qu'elle ne connaît ni d'Eve ni d'Adam », prévient Landrada Rolland.
Patrice Faye dans le rôle du méchant
L’autre personnage de ce mélodrame est Patrice Faye. Sentinelle éclairée de Gustave- l’affreux crocodile du Tanganyika, défenseur des Batwa et metteur en scène qui a su construire le nom de la
troupe Pili-pili, ce Français établi au Burundi depuis 30 ans n’est plus à présenter. Seulement, voilà : depuis 2000, il vit avec les accusations de Madeleine Butoyi, lui «qui a kidnappé leur
fille, Sonia Rolland.» Pire: l’auteur de la pièce Kamenge 94 est accusé de menaces à l’endroit d’une Madeleine Butoyi avec laquelle il aurait eu une fille en 1981. Mais connait-il vraiment
celle-ci ? La première fois où Patrice Faye reconnaît avoir rencontré Madeleine Butoyi, «c’est en 2001, lors d’une convocation chez un juge pour répondre aux accusations de cette dame »,
indique-t-il d’une mine dépitée. Patrice Faye a-t-il kidnappé la fille de Madeleine Butoyi ? « Tous les papiers administratifs établissent que Sonia Butoyi, sa fille biologique, a légalement
quitté le Burundi», se défend-il. Est-il le père de Sonia Butoyi ? Patrice Faye remonte dans ses souvenirs, en 1980 : « Durant cette année, j’ai été dans plusieurs localités au Congo et dans la
sous-région, à la poursuite d’un record du monde de distance sur planche à voile », se souvient-il. A l’appui, un article d’un magazine spécialisé, qui raconte ses périples.
Au demeurant, « être le père de Sonia Butoyi- ce qui peut éventuellement être possible, car je suis un homme, ne me déplait pas », bougonne Patrice Faye, car «la fille est très mignonne»,
souligne-t-il en retrouvant son sens du comique. Ce qui gêne le plus Patrice Faye, c’est ce silence depuis l’adoption de Clémentine: «Pourquoi réagir à un prétendu kidnapping 17 ans après ?
Pourquoi m’accuser de terrorisme sur Madeleine Butoyi, sans pour autant jamais chercher à vérifier mes arguments ?» se demande Patrice Faye, la voix coupée. Peut-être que la gueule de Gustave lui
semble parfois plus douce que ces longues accusations qui hantent sa vie depuis plus de sept ans.
Roland Rugero
Dans un pays surpeuplé comme le Burundi un enfant n'a pas la même place ou les mêmes chances qu'en occident. Dans une situation de misère, les jeunes mères célibataires (filles-mères dit-on là bas) parfois pensent d'abord à se nourrir, et ensuite pensent à l'avenir de leur enfant. Un avenir incertain. L'adoption dans ces conditions est une décision digne et courageuse. Une coordination pour que les mères des métis entretiennent les liens avec leurs enfants métis ou pas serait souhaitable, car ces enfants adoptés éprouvent parfois et très souvent le besoin de retrouver leurs racines. Les mères aussi.
Telecharger un droit de reponse sur cette affaire, et rendez-vous compte de la verité
On ne mentira pas au monde jusqu'à l'eternité.
Je persiste à penser que cette femme qui semble préférer une Sonia riche et célèbre a juste faim. Au fond, s'elle avait le minimum vital : un toit, de quoi se nourrir et se faire soigner, elle aimerait la vraie Sonia, celle qu'elle a mise au monde. Je peux affirmer que les parents adoptifs auraient des vrais soucis. Des revirements se font chaque jour par des mères qui décident de reprendre leurs enfants après des années et des années d"adoption. C'est le droit du sang qui prime.
Toute cette histoire sous-tend une question sur le désir ou le non désir d'un enfant, de l'éducation et aussi de la place de la plannification familiale : la contraception dans un pays majoritairement catholique.
Des enjeux qui me dépassent. Bonne chance, car votre article ne propose pas de solutions mais soulève d'autres questions sur les processus d'adoption courants au burundi. Un sujet très vaste...